vendredi 2 octobre 2009
Couleurs bibliques : blanc
vendredi 25 septembre 2009
Métiers bibliques : sage-femme
Pendant l’accouchement il y en eut un qui présenta la main; la sage-femme la saisit et y attacha un fil écarlate en disant : « Celui-ci est sorti le premier. » Mais il retira la main, et son frère sortit. Alors la sage-femme dit : « Quelle brèche tu t’es ouverte ! » Et il l’appela du nom de Pérets (« Brèche »). (Gn 38.28s)
Là encore, la sage-femme – anonyme – prononce une parole lourde de sens, et elle se trouve même à l’origine du prénom d’un des enfants.
Le troisième et dernier texte biblique évoquant les sages-femmes est en même temps le plus connu. Il nous raconte l’histoire de deux femmes courageuses, et cette fois-ci nous connaissons même leurs noms.
Le roi d’Egypte parla aussi aux sages-femmes des Hébreux – l’une se nommait Shiphra et l’autre Poua. Il leur dit : « Quand vous accoucherez les femmes des Hébreux et que vous les verrez sur les sièges, si c’est un garçon, faites-le mourir ; si c’est une fille, qu’elle vive. » Mais les sages-femmes craignirent Dieu ; elles ne firent pas ce que leur avait dit le roi d’Egypte; elles laissèrent vivre les enfants. Le roi d’Egypte appela les sages-femmes et leur dit : « Pourquoi avez-vous agi ainsi ? Pourquoi avez-vous laissé vivre les enfants ? » Les sages-femmes répondirent au pharaon : « C’est que les femmes des Hébreux ne sont pas comme les Egyptiennes ; comme elles sont pleines de vie, elles accouchent avant l’arrivée de la sage-femme. » Dieu fit du bien aux sages-femmes; le peuple se multiplia et devint très fort. Parce que les sages-femmes avaient craint Dieu, il leur donna une famille. (Ex 1:15-21)
Comme le suggère Abraham Ibn Ezra, ces deux femmes admirables sont probablement les surveillantes des sages-femmes des Israélites, car on imagine mal que deux femmes auraient suffi pour s’occuper d’une population aussi importante.
D’ailleurs, le terme traduit ici par sièges (אֲבְנָיִם), littéralement « deux pierres », nous renseigne probablement sur des techniques d’accouchement en usage à l’époque. Il semblerait que les femmes accouchaient appuyées sur des paires de briques.
Curieusement, ce sont les dernières sages-femmes que nous croisons dans la Bible. Il y a toutefois des textes qui nous renseignent sur les tâches qu’elles accomplissaient, comme ce verset chez Ezéchiel :
A ta naissance, au jour où tu naquis, ton cordon n'a pas été coupé, tu n'as pas été lavée avec de l'eau pour être purifiée, tu n'as pas été frottée avec du sel, tu n'as pas été enveloppée dans des langes. (Ez 16.4)
A cela, il faut peut-être encore ajouter la tâche d’annoncer la naissance (et le sexe de l’enfant) au père, qui semble exclu de l’accouchement (cf. Jr 20.15). Mais en dehors de ces quelques allusions, les sages-femmes restent dans l’ombre. On notera aussi que le Nouveau Testament est totalement silencieux à l’égard de cette profession méritante.
Nous verrons une autre fois que ce silence sera plus que comblé par d’autres auteurs ...
dimanche 19 juillet 2009
A en perdre le nord
Dans un billet récent, j’ai essayé de démêler un texte (Dt 3.27) qui évoque les points cardinaux dans un ordre quelque peu étonnant. En réfléchissant à ce problème, je me suis dit qu’il serait intéressant de voir s’il y a un ordre habituel que chérissent les auteurs bibliques. J’ai donc cherché tous les textes qui évoquent les quatre points cardinaux (j’en ai trouvé 26) et étudié l’ordre dans lequel ils sont cités. Voici le résultat : - Le premier constat frappant, c’est qu’il n’y a pas d’ordre stéréotypé. Parmi les vingt-quatre arrangements mathématiquement possibles, pas moins de treize existent dans les textes, et aucun ordre apparaît plus de quatre fois.
- Les arrangements les plus fréquents sont :
E-N-S-O (3 fois)
N-S-E-O (3 fois)
N-O-S-E (3 fois)
- Les auteurs bibliques aiment donc l’association de pôles opposés (E-O, N-S). Une seule de ces quatre variantes correspond à un tour complet de la boussole.
- Le nord apparaît de préférence en première (9 fois), deuxième (6 fois) ou troisième position (9 fois), très rarement en quatrième position (2 fois). Pour le sud, l’inverse est vrai : il n’apparaît que rarement en première position (4 fois), mais souvent en deuxième (6 fois), troisième (9 fois) ou dernière position (7 fois). L’est apparaît soit en première position (10 fois), soit en dernière position (8 fois). L’ouest quant à lui est le plus souvent cité en deuxième (10 fois) ou en dernière position (9 fois).
En tenant compte de tous les textes bibliques (et non seulement de ceux où les quatre points cardinaux sont tous énumérés), j’a fait deux constats complémentaires :
- Ce sont les livres de Josué et d’Ezéchiel qui s’intéressent le plus aux descriptions géographiques impliquant les points cardinaux, pour des raisons semblables : Josué raconte la conquête de Canaan, Ezéchiel décrit une nouvelle distribution de la terre d’Israël et le nouveau Temple. C'est Ezéchiel qui cite le plus souvent les différents points cardinaux, à l’exception du sud, qui apparaît plus souvent chez Josué.
- Dans l’absolu, on constate que c’est le nord qui est le plus souvent cité (148 versets). Il doit cette première place notamment aux prophéties qui prédisent l’arrivée d’un ennemi venant du nord. Viennent ensuite l’est (117 versets), le sud (100 versets, très présent chez Daniel, notamment à travers son roi du sud) et l’est (83 versets).
mardi 19 mai 2009
Des heures et des heures
En réfléchissant encore au nombre 24 dans l’Apocalypse (voir mon précédent billet à ce sujet), il m’est venu à l’esprit que ce nombre pourrait aussi correspondre au nombre d’heures d’un jour. Le nombre suggérerait ainsi la totalité.
J’ai alors découvert que je ne savais pas pourquoi un jour a 24 heures, ni même si les Hébreux avaient un jour à 24 heures.
Renseignements pris, il semblerait que la naissance des jours à 24 heures se situe en Mésopotamie, plusieurs millénaires avant l’ère chrétienne. La division en 24 se serait imposée du fait qu’elle est particulièrement commode, car elle permet de désigner très facilement la moitié, le tiers et le quart du jour ou de la nuit. Toujours selon mes sources, les Hébreux auraient adopté cette façon de diviser la journée lors de leur exil babylonien.
Pour y voir un peu plus clair, j’ai fait le tour de tous les versets bibliques – il y en a une centaine – qui comportent le mot « heure ». Lorsqu’on fait cette recherche dans une traduction française, on s’égare vite. En effet, la plupart du temps quand on y trouve le mot « heure » dans les traductions des textes de l’AT, il traduit l’hébreu עֵת, qui se traduit d’habitude par « temps » ou « moment ». On ne s’étonnera donc pas que cette « heure » désigne un moment plus ou moins précis de la journée, comme l’heure où les femmes sortent pour puiser l’eau (Gn 24.11) ou l’heure du repas (Rt 2.14), pour ne citer que deux exemples. Chez Jérémie, on trouve l’expression plus précise heure de midi (Jr 20.16). Le terme araméen qui désigne l’heure au sens moderne (שָׁעָה) – et qui est le mot pour « heure » en hébreu moderne – apparaît à six reprises dans le livre de Daniel, mais plutôt dans le sens « instant ».
Le mot ώρα a cette même signification de « moment » dans bon nombre de textes du NT. On y parle, par exemple, de l’heure où le voleur doit venir (Lc 12.39), ou de l’heure du dîner (Lc 14.17 ; cf. Lc 22.14). Jésus dit à la Samaritaine : L’heure vient où … (Jn 4.21). C’est également dans ce sens qu’il nous est dit Jean prenait Marie chez lui dès cette heure-là (Jn 19.27).
L’heure peut également désigner le moment décisif : L’heure s’est approchée; le Fils de l’homme est livré aux pécheurs. (Mt 26.45 ; Mc 14.41 ; cf. Jn 16.4,21). On trouve ce sens notamment chez Jean : Mon heure n’est pas encore venue (Jn 2.4). Le caractère dramatique de l’instant est particulièrement mis en valeur dans l’expression dernière heure que Jean utilise une fois : Mes enfants, c’est la dernière heure; vous avez entendu dire qu’un antichrist vient, et il y a maintenant beaucoup d’antichrists : de là nous savons que c’est la dernière heure. (1 Jn 2.18)
Le mot a parfois un sens plus technique et précis. Dans une parabole, on se plaint de gens qui n’ont travaille qu’une heure (Mt 20.12) et Jésus reproche aux disciples de n’avoir pas su veiller une heure avec lui (Mt 26.40 ; Mc 14.37). Plusieurs textes de la main de Luc montrent le souci de précision temporelle : Après un intervalle d’environ une heure … (Lc 22.59) ; Environ trois heures plus tard, … (Ac 5.7) ; … pendant près de trois heures (Ac 19.34). Le sens précis semble également visé dans la parole Pour ce qui est du jour et de l’heure, personne ne les connaît, ni les anges des cieux, ni le Fils, mais le Père seul. (Mt 24.36 ; Mc 13.32). Voir aussi Ap 17.12 où les rois reçoivent le pouvoir pendant une seule heure (mais cette durée semble avoir un caractère symbolique).
Toujours dans l’Apocalypse, on trouve un verset très intéressant, comportant une subdivision de l’heure : Quand il ouvrit le septième sceau, il y eut dans le ciel un silence d’environ une demi-heure (ημίωρον ; Ap 8.1). On m’a dit que c’était la citation donnant la précision temporelle la plus fine de tous les textes de l’Antiquité qui nous sont connus.
Une innovation du NT par rapport à l’AT, c’est le décompte des heures. Ainsi on évoque la troisième (Mt 20.3 ; Mc 15.25 ; Ac 2.15), la sixième (Mt 27.45 ; Mc 15.33 ; Lc 23.44 ; Jn 4.6 ; 19.14 ; Ac 10.9), la septième (Jn 4.52) la neuvième (Mt 20.5 ; 27.45s ; Mc 15.33s ; Lc 23.44 ; Ac 10.3,30 ; NB : c’est l’heure de la prière : Ac 3.1), la dixième (Jn 1.39) et l’onzième heure (Mt 20.6,9). On notera que les multiples de trois reviennent le plus fréquemment, peut-être parce que la mesure du temps était difficile et que les intervalles de trois heures constituaient un repère plus pratique que l’heure à l’unité.
Chez Jean, on trouve un texte fort intéressant qui atteste de la division de la journée en 12 heures : Jésus répondit : N’y a-t-il pas douze heures dans le jour ? Si quelqu’un marche de jour, il ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde … (Jn 11.9) Que la même division s’appliquait à la nuit semble se refléter dans Ac 23.23 qui fait allusion à la troisième heure de la nuit.
Pour revenir à notre point de départ : le nombre des anciens s’inspire-t-il des 24 heures du jour ? Sur la base de ce que nous venons de voir, je dirais que cela n’est pas exclu, mais que c’est somme toute peu probable. Si, techniquement parlant, les habitants de la région méditerranéenne du début de notre ère avaient un jour de 24 heures, ils semblent avoir raisonné plutôt en jours de douze heures, suivis de nuits de 12 heures. Le nombre 24 n’aurait donc, selon toute vraisemblance, pas été associé avec le nombre d’heures du jour.



