Affichage des articles dont le libellé est Deuteronome. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Deuteronome. Afficher tous les articles

lundi 13 juillet 2009

En suivant le regard de Moïse ...

Dans mon dernier billet, j’ai parlé de la fin de vie de Moïse. Nous avons vu que le vieux leader n’est pas autorisé à traverser le Jourdain mais que Dieu lui accorde de voir la Terre promise depuis le sommet du Pisga :

Monte au sommet du Pisga, lève les yeux vers l’ouest, vers le nord, vers le sud et vers l’est, et regarde de tes yeux ; mais tu ne passeras pas ce Jourdain. (Dt 3.27)

On identifie généralement le sommet du Pisga avec le mont Nebo (cf. Dt 32.49).

J’ai trouvé curieux l’ordre dans lequel les points cardinaux sont évoqués. Comment le regard peut-il passer du nord au sud sans passer par l’est ou l’ouest, sans que Moïse soit obligé de regarder ses pieds ou le zénith ?

En réfléchissant à cette difficulté (réflexion tout à fait futile, je vous l’accorde), je me suis rendu compte que premièrement, Moïse ne regarde certainement pas vers l’ouest, vers le nord, vers le sud et vers l’est, par rapport au mont Nebo. Le but de la manœuvre est d’embrasser du regard la Terre promise. Or, comme le montre ma carte, si Moïse regardait du mont Nebo vers le sud, il verrait les régions de Moab et d’Edom. De même, s’il regardait vers l’est, il verrait la région d’Ammon. Il est donc plus que vraisemblable que Moïse est invité à regarder vers l’ouest, vers le nord, vers le sud et vers l’est de la terre de Canaan.
Si on admet cette façon de voir (c’est le cas de le dire !), on obtient le résultat suivant : Moïse regarderait d’abord la côte méditerranéenne, puis son regard irait au nord, peut-être jusqu’au Liban, puis il regarderait l’intérieur de la terre, jusque vers le Néguev, et enfin, son regard reviendrait vers la rive nord de la Mer morte. Ce cheminement du regard (cf. la trajectoire verte dans ma carte) est loin d’être absurde.

dimanche 29 mars 2009

Le mystère des tablettes de pierre (première partie)


Dans un précédent billet, nous avons vu Moïse et les anciens d’Israël se préparer pour la rencontre avec Dieu au Sinaï. Dieu invite Moïse à une rencontre au sommet :

YHWH dit à Moïse : Monte vers moi, dans la montagne, et reste là; je te donnerai des tablettes de pierre, la loi et le commandement que j’ai écrits pour les instruire. (Ex 24.12)

Les tablettes de pierre … C’est sur elles que mon regard s’est arrêté. En fait, il y en a eu deux éditions. Le premier jeu semble avoir été produit par Dieu lui-même :

Lorsque [Dieu] eut achevé de parler à Moïse, au mont Sinaï, il lui donna les deux tablettes du Témoignage, les tablettes de pierre écrites du doigt de Dieu. (Ex 31.18 ; cf. Dt 9.9-11)

Moïse redescendit de la montagne, les deux tablettes du Témoignage à la main; les tablettes étaient écrites des deux côtés, elles étaient écrites de part et d’autre. Les tablettes étaient l’ouvrage de Dieu ; l’écriture était l’écriture de Dieu, gravée sur les tablettes. (Ex 32.15-16)

L’écriture de Dieu, des lettres écrites du doigt de Dieu … C’est un objet hors normes, du jamais vu dans l’histoire de l’humanité. Il n’empêche, quand il aperçoit le taurillon d’or (voir mon billet précédent à ce sujet), Moïse est hors de lui et n’hésite pas à fracasser les tablettes.

Comme il approchait du camp, il vit le taurillon et les danses. Alors Moïse se mit en colère; il jeta les tablettes et les brisa au pied de la montagne. (Ex 32.19 ; cf. Dt 9.15-17)

L’histoire ne s’arrête pas là. Il y aura un deuxième jeu de tablettes, mais avec quelques changements significatifs. Tout d’abord, ce sera à Moïse de fabriquer les tablettes.

YHWH dit à Moïse : Taille deux tablettes de pierre comme les premières; j’écrirai sur ces tablettes les paroles qui étaient sur les premières tablettes que tu as brisées. (Ex 34.1)

Rachi amplifie : « Toi, tu as brisé les premières, maintenant c’est à toi de t’en tailler. » Moïse s’exécute (Ex 34.4), puis il monte de nouveau au Sinaï.

Moïse resta là, avec YHWH, quarante jours et quarante nuits. Il ne mangea rien, il ne but rien ; il écrivit sur les tablettes les paroles de l’alliance, les Dix paroles. Moïse descendit du mont Sinaï : les deux tablettes du Témoignage étaient dans la main de Moïse lorsqu’il descendit de la montagne ; Moïse ne savait pas que la peau de son visage s’était mise à rayonner lorsqu’il avait parlé avec lui. (Ex 34.28-29)

Comme c’est sans doute Moïse (et non pas YHWH) qui s’abstient de manger et de boire, on peut penser que le sujet du verbe écrivit est aussi Moïse. Ce serait donc Moïse qui écrit ce deuxième jeu de tablettes, et non pas le doigt de Dieu. Il y a cependant un texte qui remet en cause cette conclusion :

En ce temps-là, YHWH m’a dit : Taille deux tablettes de pierre comme les premières et monte vers moi dans la montagne; tu feras aussi un coffre en bois. J’écrirai sur ces tablettes les paroles qui étaient sur les premières tablettes que tu as brisées, et tu les mettras dans le Coffre. J’ai fait un coffre en bois d’acacia, j’ai taillé deux tablettes de pierre comme les premières et je suis monté dans la montagne, les deux tablettes dans ma main. YHWH a écrit sur les tablettes ce qui avait été écrit sur les premières, les dix paroles qu’il vous avait dites dans la montagne, du milieu du feu, au jour de l’assemblée ; et YHWH me les a données. Je suis redescendu de la montagne, j’ai mis les tablettes dans le coffre que j’avais fait, et elles sont restées là, comme YHWH me l’avait ordonné. (Dt 10.1-5)

Alors qui a fait l’inscription sur le deuxième jeu de tablettes ? Moïse ou Dieu ? La clarté du texte du Deutéronome me fait pencher vers la deuxième alternative. Somme toute, il n’est pas tout à fait exclu que le sujet du verbe écrivit dans Ex 34.28 soit Dieu.

Mais une différence de taille (c’est le cas de le dire !) subsiste : C’est Moïse qui est à l’origine des tables. Et du coup, ce deuxième départ sera un peu moins glorieux que le premier. Quelque chose s’est brisé, et cela dépasse les seules tablettes. Voilà une alliance qui manifeste sa fragilité, et ce, dès le départ.

PS : Le tableau de Rembrandt souffre d’un anachronisme. Au temps de Moïse, l’alphabet hébreu n’avait pas encore les lettres carrées qu’il a adoptées après l’exil.