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lundi 27 juillet 2009

Quand Jean raconte Paul

Une fois n'est pas coutume, je laisse la parole à un grand classique, à savoir Jean Racine. Dans ses "Cantiques spirituels", on trouve un très beau poème inspiré de 1 Co 13 :

A la louange de la Charité

Les Méchants m'ont vanté leurs mensonges frivoles :
Mais je n'aime que les paroles
De l'éternelle Vérité.
Plein du feu divin qui m'inspire,
Je consacre aujourd'hui ma Lyre
A la céleste Charité.

En vain je parlerais le langage des Anges.
En vain, mon Dieu, de tes louanges
Je remplirais tout l'Univers :
Sans amour, ma gloire n'égale
Que la gloire de la cymbale,
Qui d'un vain bruit frappe les airs.

Que sert à mon esprit de percer les abîmes
Des mystères les plus sublimes,
Et de lire dans l'avenir ?
Sans amour, ma science est vaine,
Comme le songe, dont à peine
Il reste un léger souvenir.

Que me sert que ma Foi transporte les montagnes ?
Que dans les arides campagnes
Les torrents naissent sous mes pas ;
Ou que ranimant la poussière
Elle rende aux Morts la lumière,
Si l'amour ne l'anime pas ?

Oui, mon Dieu, quand mes mains de tout mon héritage
Aux pauvres feraient le partage ;
Quand même pour le nom Chrétien,
Bravant les croix les plus infâmes
Je livrerais mon corps aux flammes,
Si je n'aime, je ne suis rien.

Que je vois de Vertus qui brillent sur ta trace,
Charité, fille de la Grâce !
Avec toi marche la Douceur,
Que suit avec un air affable
La Patience inséparable
De la Paix son aimable soeur.

Tel que l'Astre du jour écarte les ténèbres
De la Nuit compagnes funèbres,
Telle tu chasses d'un coup d'œil
L'Envie aux humains si fatale,
Et toute la troupe infernale
Des Vices enfants de l'Orgueil.

Libre d'ambition, simple, et sans artifice,
Autant que tu hais l'Injustice,
Autant la Vérité te plait.
Que peut la Colère farouche
Sur un cœur, que jamais ne touche
Le soin de son propre intérêt ?

Aux faiblesses d'autrui loin d'être inexorable,
Toujours d'un voile favorable
Tu t'efforces de les couvrir.
Quel triomphe manque à ta gloire ?
L'amour sait tout vaincre, tout croire,
Tout espérer, et tout souffrir.

Un jour Dieu cessera d'inspirer des oracles.
Le don des langues, les miracles,
La science aura son déclin.
L'amour, la charité divine
Eternelle en son origine
Ne connaîtra jamais de fin.

Nos clartés ici bas ne sont qu'énigmes sombres,
Mais Dieu sans voiles et sans ombres
Nous éclairera dans les cieux.
Et ce Soleil inaccessible,
Comme à ses yeux je suis visible,
Se rendra visible à mes yeux.

L'amour sur tous les Dons l'emporte avec justice,
De notre céleste édifice
La Foi vive est le fondement,
La sainte Espérance l'élève,
L'ardente Charité l'achève,
Et l'assure éternellement,

Quand pourrai-je t'offrir, ô Charité suprême,
Au sein de la lumière même
Le Cantique de mes soupirs ;
Et toujours brûlant pour ta gloire,
Toujours puiser, et toujours boire
Dans la source des vrais plaisirs !

dimanche 29 mars 2009

Le mystère des tablettes de pierre (suite et fin)


En m’intéressant aux tablettes de la loi, j’ai fait une autre découverte intéressante : Dans le reste de la Bible, on ne parle pratiquement plus des tablettes. J’ai trouvé une seule mention explicite dans l’Ancien Testament : au temps de Salomon, nous est-il dit, il n’y avait rien dans le Coffre, sinon les deux tablettes de pierre que Moïse y avait déposées, à l’Horeb, quand YHWH avait conclu une alliance avec les Israélites, lorsqu’ils étaient sortis d’Egypte. (1 R 8.9 ; cf. 2 Ch 5.10). C’est tout de même étonnant que des objets aussi remarquables ne soient pas cités plus fréquemment.

Dans le Nouveau Testament, on ne s’y attarde guère plus. L’épître aux Hébreux les mentionne tout juste :

[Le lieu très saint du Temple] contenait un autel à encens en or et le coffre de l’alliance, entièrement recouvert d’or, dans lequel il y avait une urne d’or contenant la manne, le bâton d’Aaron qui avait fleuri et les tablettes de l’alliance. (Hb 9.4)

Il y a cependant un texte fort intéressant au sujet des tablettes, un texte de la plume de l’apôtre Paul qui écrit aux chrétiens de Corinthe :

Il est manifeste que vous êtes une lettre du Christ confiée à notre ministère : une lettre écrite, non pas avec de l’encre, mais avec l’Esprit du Dieu vivant ; non pas sur des tablettes de pierre, mais sur des tablettes de chair, sur des cœurs. (2 Co 3.3)

Selon toute vraisemblance, Paul fait ici allusion à une promesse d’Ezéchiel :

Je vous donnerai un cœur nouveau et je mettrai en vous un souffle nouveau ; j'ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un coeur de chair. Je mettrai mon souffle en vous et je ferai en sorte que vous suiviez mes prescriptions, que vous observiez mes règles et les mettiez en pratique. (Ez 36.26-27)

Mais là où Ezéchiel oppose le cœur de chair au cœur de pierre, Paul traduit les cœurs en tablettes de chair et oppose celles-ci aux tablettes de pierre, allusion évidente aux tablettes du Sinaï.

La nouvelle alliance n’a plus besoin des tablettes. Elle est directement inscrite dans les cœurs. Mais avant comme après, c’est Dieu qui écrit.