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samedi 12 septembre 2009

Quiz biblique pour (fins) connaisseurs

Voici une question pour un champion : Dans quel texte biblique le Messie est-il armé d’un arc ?

Certains penseront à Ap 6.2 (qui a inspiré le tableau ci-dessus), mais, comme Beale et d’autres l’ont démontré, c’est peu vraisemblable que ce chevalier blanc (à la différence de celui de Ap 19.11ss) soit le Christ.

Un meilleur candidat est le Psaume 45. On y lit :

2 Mon cœur frémit d’un message de bonheur.
Je dis : Mes œuvres sont pour un roi !
Que ma langue soit comme le stylet d’un scribe habile !
3 Tu es le plus beau des êtres humains,
la grâce est répandue sur tes lèvres :
c’est pourquoi Dieu t’a béni pour toujours.
4 Mets ton épée à la ceinture, vaillant guerrier,
ton éclat et ta magnificence,
5 oui, ta magnificence ! Elance-toi, monte sur ton char,
pour la cause de la loyauté, de l’humilité et de la justice !
Que ta main droite t’entraîne dans des actions redoutables !
6 Tes flèches sont aiguës :
des peuples tomberont sous toi ;
elles pénétreront dans le coeur des ennemis du roi.
7 Ton trône, ô Dieu, est pour toujours, à jamais;
le sceptre de ton règne est un sceptre de droiture.

Mais, pourrait-on objecter, peut-être le psaume vise-t-il simplement un roi d’Israël ou de Juda ?

Or c’est l’épître aux Hébreux, et plus précisément Hb 1.8, qui apporte la preuve de ce que le Messie est visé :

7 Pour les anges, [Dieu] dit :
Il fait de ses anges des esprits,
de ses serviteurs un feu flamboyant.
8 Mais pour le Fils :
Ton trône, ô Dieu, est établi pour toujours,
le sceptre de ton règne est un sceptre d’équité.

La comparaison de Hb 1.8 et Ps 45.7 ne laisse guère d'autre choix : le psaume nous parle du Christ.

lundi 7 septembre 2009

Abraham ou l'épreuve ultime

Si l’on me demandait où culmine l’histoire du salut sous l’ancienne alliance, je dirais sans hésitation que c’est dans le récit du sacrifice d’Isaac, qui nous est raconté au chapitre 22 de la Genèse. Il faut aller à Golgotha pour trouver un instant plus dramatique et plus lourd de conséquences.

1 Après cela, Dieu mit Abraham à l’épreuve; il lui dit : « Abraham ! » Il répondit : « Je suis là ! » 2 Dieu dit : « Prends ton fils, je te prie, ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac ; va-t’en au pays de Moriya et là, offre-le en holocauste sur l’une des montagnes que je t’indiquerai. » 3 Abraham se leva de bon matin, sella son âne et prit avec lui deux serviteurs et Isaac, son fils. Il fendit du bois pour l’holocauste et se mit en route pour le lieu que Dieu lui avait indiqué. 4 Le troisième jour, Abraham, levant les yeux, vit le lieu de loin. 5 Abraham dit à ses serviteurs : « Vous, restez ici avec l’âne; moi et le garçon, nous irons là-haut pour nous prosterner, puis nous reviendrons vers vous. » 6 Abraham prit le bois pour l’holocauste et le chargea sur Isaac, son fils, et il prit lui-même le feu et le couteau. Puis ils continuèrent à marcher ensemble, tous les deux. 7 Alors Isaac dit à Abraham, son père : « Père ! » Il répondit : « Oui, mon fils ? » Isaac reprit : « Le feu et le bois sont là, mais où est l’animal pour l’holocauste ? » 8 Abraham répondit : « Que Dieu voie lui-même quel animal il aura pour holocauste, mon fils ! » Et ils continuèrent à marcher ensemble, tous les deux. 9 Lorsqu’ils furent arrivés au lieu que Dieu lui avait indiqué, Abraham y bâtit l’autel et disposa le bois. Il ligota Isaac, son fils, et le mit sur l’autel, par-dessus le bois. 10 Puis Abraham tendit la main et prit le couteau pour immoler son fils. 11 Alors le messager de YHWH l’appela depuis le ciel, en disant : « Abraham ! Abraham ! » Il répondit : « Je suis là ! » 12 Il dit : « Ne porte pas la main sur le garçon et ne lui fais rien : je sais maintenant que tu crains Dieu et que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton fils unique. » 13 Abraham leva les yeux et vit par-derrière un bélier retenu par les cornes dans un buisson; alors Abraham alla prendre le bélier et l’offrit en holocauste à la place de son fils. (Gn 22.1-13)

Ce récit m’a longtemps tourmenté. Ce qui est perturbant, c’est que finalement, Abraham se comporte de manière assez semblable aux idolâtres qui pratiquaient des sacrifices humains pour plaire à leurs divinités. Or ces pratiques furent condamnées on ne peut plus sévèrement par Dieu. Peut-on louer Abraham et condamner les païens, juste parce qu’Abraham sert « par hasard » le vrai Dieu et que les autres sacrifient à des « néants » ? On ne saurait dédouaner Abraham en se disant que finalement, il n’est pas passé à l’acte, car il y était certainement prêt.

Mais à la réflexion, la démarche d’Abraham est assez différente de celle des païens pratiquant des sacrifices humains. Abraham se distingue des idolâtres en ce qu’il n’accomplit pas son acte pour obtenir quelque chose en échange, tout au contraire : il risque de perdre tout ce qu’il a déjà obtenu – son fils, sa descendance.

Mais avant tout, la différence se situe dans la relation qu’Abraham a avec son Dieu, et en particulier dans la promesse que Dieu avait faite à Abraham. Abraham a tout un vécu avec son Dieu. Le fils qu’il est prêt à sacrifier, c’est le fils de la promesse de Dieu (Gn 17.19). Abraham a cru en cette promesse, et Dieu lui a offert Isaac. La foi du patriarche en a été fortifiée. Abraham croit que la promesse de Dieu tiendra, quoi qu’il arrive. Lorsqu’il reçoit l’ordre déchirant de Dieu, Abraham répond sans hésitation apparente, parce qu’il est convaincu que Dieu fera le nécessaire pour honorer sa promesse. La démarche d’Abraham est une démarche de foi.

L’auteur de l’épître aux Hébreux a parfaitement saisi cela : C’est par la foi qu’Abraham, mis à l’épreuve, a offert Isaac. C’est son fils unique qu’il offrait, lui qui avait accueilli les promesses et à qui il avait été dit : C’est par Isaac que tu auras ce qui sera appelé ta descendance. Il estimait que Dieu avait même le pouvoir de réveiller un mort. C’est pourquoi son fils lui fut rendu : il y a là une parabole. (Hb 11.17-19)

Abraham a pu sacrifier Isaac parce qu’il savait que Dieu honorerait sa promesse, quitte à ressusciter un mort.

samedi 27 juin 2009

Second thoughts

Il faut se méfier des textes que l’on cite souvent hors contexte et dont on oublie parfois le sens premier. Un bel exemple se trouve dans le chapitre neuvième de l’épître aux Hébreux, aux versets 27 et 28 :

Et tout comme il est réservé aux hommes de mourir une seule fois – après quoi vient le jugement – de même aussi le Christ, qui s’est offert une seule fois pour porter les péchés d’une multitude, apparaîtra une seconde fois, en dehors du péché, pour ceux qui l’attendent en vue du salut.

J’ai souvent utilisé le verset 27 comme argument biblique contre la doctrine de la réincarnation, et il peut certainement servir en ce sens. Mais il s’agit d’un obiter dictum, d’une affirmation faite presque en passant, et certainement pas du cœur du message que veut nous transmettre l’auteur de l’épître.

Au cœur du message se trouve plutôt un parallélisme intéressant

Mort unique de l’homme – Don unique du Christ
Jugement – Seconde venue du Christ

Je trouve la deuxième partie du parallélisme assez surprenante. Je me serais attendu plutôt à une assimilation du jugement à la résurrection du Christ, qui constitue en quelque sorte le jugement de Dieu, son approbation de l’œuvre du Fils. Or l’auteur de notre épître souligne une correspondance entre le jugement qui attend les hommes et la venue glorieuse du Christ. Et il ne souligne même pas la venue du Fils aux fins du jugement, mais sa venue en vue du salut de ceux qui l’attendent.

Calvin a une lecture originale : « Le sens est celui-ci : puisque nous attendons avec patience le jour du jugement après la mort de l’homme, … pourquoi y aurait-il moins de patience en l’attente du second avènement du Christ ? » J’avoue ne pas être convaincu, car le jugement n’est mentionné qu’en passant, sans aucune référence à l’attente de celui-ci.

Après avoir feuilleté le livre d’Albert Vanhoye sur la structure littéraire de l’épître aux Hébreux, je me demande si le parallélisme donné plus haut ne nous engage pas sur une mauvaise voie. Peut-être faudrait-il plutôt voir les choses comme suit :

Mort unique de l’homme – Don unique du Christ
Jugement – Salut.

L’homme ne meurt qu’une fois. Après, c’est le jugement qui l’attend.
Cette perspective change avec l’œuvre du Christ.
Sa mort – unique, elle aussi – ouvre un nouvel horizon : le salut, pour ceux qui l’attendent.

dimanche 3 mai 2009

Jésus, fils de Lévi ?

Dans un précédent billet, j’ai mentionné la possibilité que Jésus ne soit fils de David que par son père adoptif, et que sa mère Marie était une descendante de la tribu de Lévi. En lisant l’épître aux Hébreux, j’ai compris pourquoi ce détail, à supposer qu’il soit vrai, est passé sous silence dans les Ecritures.

En effet, l’auteur de l’épître aux Hébreux démontre que l’œuvre de Jésus constitue une rupture avec la prêtrise de l’Ancienne Alliance :

Si donc l’accomplissement avait été par le sacerdoce lévitique, – car c’est sur lui que repose la loi donnée au peuple – quel besoin y aurait-il eu encore que se lève un autre prêtre selon l’ordre de Melchisédek, et non pas selon l’ordre d’Aaron ? En effet, lorsque le sacerdoce est changé, il y a nécessairement aussi un changement de loi. Car celui à qui s’appliquent ces paroles appartient à une autre tribu, dont personne n’a été attaché au service de l’autel. En effet, il est notoire que notre Seigneur est issu de Juda, tribu dont Moïse n’a rien dit concernant les prêtres. Cela devient plus évident encore quand se lève, à la ressemblance de Melchisédek, un autre prêtre qui l’est devenu, non par la loi d’un commandement relatif à la chair, mais par la puissance d’une vie indestructible. Car ce témoignage lui est rendu : Tu es prêtre pour toujours selon l’ordre de Melchisédek. En effet, il y a, d’une part, suppression d’un commandement antérieur à cause de sa faiblesse et de son inutilité – car la loi n’a rien porté à son accomplissement – et, d’autre part, introduction d’une espérance supérieure, par laquelle nous nous approchons de Dieu. (Hb 7.11-19)

Jésus est bel et bien prêtre, mais un prêtre d’un type différent de – et supérieur à – la prêtrise lévitique : prêtre selon l’ordre de Melchisédek.

Je me souviens de ma prof d’ivrit qui me taquinait en disant que nous chrétiens avions dénaturé les Ecritures en faisant de Melchisédek un personnage de premier plan, alors qu’il n’apparaît que dans un fait divers de la Genèse. Mais ce n’est pas tout à fait vrai. Ne lit-on pas dans le psaume 110, un texte clairement messianique :

Déclaration de YHWH à mon seigneur (לַאדנִי) :
Assieds-toi à ma droite,

jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied !

YHWH tendra de Sion le sceptre de ta puissance :
domine au milieu de tes ennemis !
[…]
YHWH l’a juré, il ne le regrettera pas :

Tu es prêtre pour toujours, à la manière de Melchisédek
.
(Ps 110.1-2,4)

Jésus, fils de Lévi ? Peut-être, par sa mère.
Jésus prêtre selon Melchisédek ? Assurément, par le Père.