jeudi 14 mai 2009

"24" dans la Bible

… je fus [saisi] en esprit, et voici : un trône était disposé dans le ciel … Tout autour du trône, vingt-quatre trônes, et sur ces trônes, vingt-quatre anciens assis, vêtus de toges blanches. Sur leurs têtes, des couronnes d’or. (Ap 4.2,4)

Une des caractéristiques intéressantes des anciens que mentionne l’Apocalypse (a total, à 12 reprises !) est leur nombre : vingt-quatre.

Bon nombre de commentateurs concluent très rapidement que 24 = 12 + 12, la première douzaine étant liée aux 12 tribus d’Israël, la deuxième douzaine aux 12 apôtres. Cette lecture n’est pas infondée, surtout quand on lit la fin du livre où il est dit de la Nouvelle Jérusalem :

Elle avait une grande et haute muraille. Elle avait douze portes, et sur les portes douze anges. Des noms y étaient inscrits, ceux des douze tribus des Israélites : à l’est trois portes, au nord trois portes, au sud trois portes et à l’ouest trois portes. La muraille de la ville avait douze fondations; elles portaient les douze noms des douze apôtres de l’agneau. (Ap 21.12-14)

Ce qui est un peu gênant, c’est que cette clé de lecture n’est livrée qu’à la fin du livre, et que quelqu’un qui écoutait la lecture du livre n’y aurait pas forcément pensé. Et ce d’autant que cette association entre apôtres et tribus ne semble pas proposée ailleurs dans le NT. Tout au contraire. Chez Matthieu et Luc, nous lisons une parole intéressante de Jésus :

Jésus leur dit : Amen, je vous le dis, à vous qui m’avez suivi : à la Nouvelle Naissance, lorsque le Fils de l’homme s’assiéra sur son trône de gloire, vous aussi vous serez assis sur douze trônes pour juger les douze tribus d’Israël. (Mt 19.28 cf. Lc 22.30)

La proximité avec la scène des chapitres 4 et 5 de l’Apocalypse est frappante, mais ici, non seulement les apôtres ne partagent pas les trônes avec les représentants des tribus, mais c’est précisément les apôtres qui jugent les tribus. Dans une optique d’association entre patriarches et apôtres, on aurait pensé que ce serait aux patriarches de juger les 12 tribus et aux apôtres de juger les hommes et femmes de la nouvelle alliance.

Je crois que c'est Brütsch qui a signalé, non sans humour, que si douze des anciens sont les douze apôtres, et si l’auteur de l’Apocalypse est l’apôtre Jean (ce qui me semble probable), Jean serait en train de se regarder lui-même assis sur un trône.

Je me suis donc intéressé à la question de savoir si le nombre 24, qui a une importance certaine pour les numérologues (24 = 2 x 12 = 3 x 8 = 4 x 6), apparaît ailleurs dans la Bible.

Une recherche sommaire montre que 24 est :
  • le nombre de bœufs offerts par les 12 tribus (Nb 7.88) ;
  • le nombre de milliers de morts suite à la faute d’Israël avec les femmes madianites (Nb 25.9) ;
  • le nombre de doigts des mains et des pieds d’un géant tué par un neveu de David (2 S 21.20 ; 1 Ch 20.6) ;
  • la durée en années du règne d’Asa, roi de Juda (1 R 15.33) ;
  • le nombre de classes de prêtres (1 Ch 24.1-18) ;
  • le nombre de postes de chanteurs-prophètes-musiciens du Temple (1 Ch 25.1-31) ;
  • le jour du mois de plusieurs événements rapportés (le 24e jour du … 1er mois : Dn 10.4 ; 6e mois : Ag 1.15 ; 7e mois : Né 9.1 ; 9e mois : Ag 2.10,18 ; 11e mois : Za 1.7).
Aucun de ces exemples emporte la conviction d’une parenté avec le nombre des anciens dans l’Apocalypse, à l’exception peut-être des 24 classes de prêtres, et dans une moindre mesure, des 24 postes de chanteurs. Il est possible qu’outre une allusion aux deux douzaines, Jean ait voulu faire allusion aux classes de prêtres dans le Temple. Il y aurait donc autant d’anciens (qui sont des rois-prêtres) dans les lieux célestes qu’il y a eu de classes de prêtres dans le Temple de Jérusalem.

lundi 11 mai 2009

Chair de ma chair

Alors YHWH-Dieu (יְהוָה אֱלהִים) fit tomber une torpeur sur l’homme, qui s’endormit ; il prit une de ses côtes et referma la chair à sa place. YHWH-Dieu forma une femme de la côte qu’il avait prise à l’homme, et il l’amena vers l’homme. L’homme dit :
« Cette fois / c’est os de mes os / chair de ma chair.
Celle-ci, on l’appellera « femme » / car [c’est] de l’homme / [qu’]elle a été prise. »

(Gn 2.21-23)

Chair de ma chair … L’autre jour, en prenant l’avion, j’ai feuilleté un exemplaire de la FAZ, un journal allemand de renom. J’y suis tombé sur un poème de Heiner Müller, qui a repris ce thème d’une manière insoupçonnée, en évoquant la maladie qui a fini par le tuer. Je cite ce texte poignant dans l’original allemand et je tente une traduction pour ceux qui ne maîtriseraient pas la langue de Goethe.


Ich kaue die Krankenkost

Ich kaue die Krankenkost der Tod
Schmeckt durch
Nach der letzten
Endoskopie in den Augen der Ärzte
War mein Grab offen Beinahe rührte mich
Die Trauer der Experten und beinahe
War ich stolz auf meinen unbesiegten
Tumor
Einen Augenblick lang Fleisch
Von meinem Fleisch

Je mâche la nourriture des malades

Je mâche la nourriture des malades la mort
Se sent à travers
Après la dernière
Endoscopie aux yeux des médecins
Ma tombe était ouverte J’étais presque touché
Par la tristesse des experts et presque
J’étais fier de mon invaincue
Tumeur
Un instant durant chair
De ma chair.

dimanche 10 mai 2009

Prêtres s'abstenir

Quand je visite un pays, j'essaie toujours de voir aussi un cimetière. On apprend beaucoup sur une culture en voyant comment elle traite ses morts. Parmi tous les cimetières qu'il m'a été donné de voir, ceux qui m'ont le plus impressionné, ce sont les cimetières juifs. Ceux de Prague ou de Lodz (en Pologne) sont des endroits que je n'oublierai jamais.

En visite à Amsterdam, je me suis donc naturellement rendu au cimetière judéo-portugais Beth Haim d'Ouderkerk sur l'Amstel, tout près de l'aéroport de la capitale. Bien que difficile d'accès, le cimetière vaut bien le détour. Là encore, j'ai trouvé cette atmosphère tellement paisible. Comme si le lieu voulait compenser le destin atroce qu'ont subi certains de ses habitants ...

Outre la paix qui règne en ces lieux, c'est une petite pancarte qui a retenu mon attention. On y lit : "Geen toegang voor Kohaniem", ce qui veut dire, si je ne m'abuse : "Accès interdit aux Cohanim". Cohanim est le pluriel du mot hébreu Cohen et désigne les prêtres. L'interdit concerne donc les descendants des prêtres du Temple de Jérusalem (et notamment tous ceux qui portent le nom de famille Cohen).

Cet interdit est exprimé dans le livre du Lévitique, où nous lisons : YHWH dit à Moïse : Parle aux fils d'Aaron, les prêtres ; tu leur diras : Un prêtre ne se rendra pas impur parmi les siens pour un mort, excepté pour ses plus proches parents ... Le prêtre qui a la supériorité sur ses frères, celui sur la tête duquel a été versée l'huile de l'onction (...) il n'ira vers aucun mort ..." (Lv 21.1-2,10-11)

Comment comprendre cet interdit ? Pourquoi le contact avec un mort rend-il impur ? J'ai récemment lu un article dans un Dictionnaire de Théologie Biblique qui voit dans la mort la clé à toute impureté. La notion d'impureté exprimerait la proximité de la mort. J'ai du mal à adhérer à cette thèse, qui est condamnée à des rapprochements hasardeux pour expliquer, par exemple, pourquoi la sexualité est génératrice d'impureté (on y reviendra dans un autre billet).

Pour ma part, je propose une explication plus simple. Telle que je comprends la notion d'impureté, elle exprime l'inaptitude à rendre un culte. Lorsque je suis impur, je ne suis pas en mesure de rendre un culte agréé par Dieu. Et le contact avec un mort rend impur, parce que Dieu a voulu éviter à tout prix que les morts s'introduisent dans le culte, comme cela se fait tout naturellement dans les systèmes païens. En déclarant impur celui qui a été en contact avec un mort, le texte biblique met un coup d'arrêt définitif à ce genre de dérives.

dimanche 3 mai 2009

Jésus, fils de Lévi ?

Dans un précédent billet, j’ai mentionné la possibilité que Jésus ne soit fils de David que par son père adoptif, et que sa mère Marie était une descendante de la tribu de Lévi. En lisant l’épître aux Hébreux, j’ai compris pourquoi ce détail, à supposer qu’il soit vrai, est passé sous silence dans les Ecritures.

En effet, l’auteur de l’épître aux Hébreux démontre que l’œuvre de Jésus constitue une rupture avec la prêtrise de l’Ancienne Alliance :

Si donc l’accomplissement avait été par le sacerdoce lévitique, – car c’est sur lui que repose la loi donnée au peuple – quel besoin y aurait-il eu encore que se lève un autre prêtre selon l’ordre de Melchisédek, et non pas selon l’ordre d’Aaron ? En effet, lorsque le sacerdoce est changé, il y a nécessairement aussi un changement de loi. Car celui à qui s’appliquent ces paroles appartient à une autre tribu, dont personne n’a été attaché au service de l’autel. En effet, il est notoire que notre Seigneur est issu de Juda, tribu dont Moïse n’a rien dit concernant les prêtres. Cela devient plus évident encore quand se lève, à la ressemblance de Melchisédek, un autre prêtre qui l’est devenu, non par la loi d’un commandement relatif à la chair, mais par la puissance d’une vie indestructible. Car ce témoignage lui est rendu : Tu es prêtre pour toujours selon l’ordre de Melchisédek. En effet, il y a, d’une part, suppression d’un commandement antérieur à cause de sa faiblesse et de son inutilité – car la loi n’a rien porté à son accomplissement – et, d’autre part, introduction d’une espérance supérieure, par laquelle nous nous approchons de Dieu. (Hb 7.11-19)

Jésus est bel et bien prêtre, mais un prêtre d’un type différent de – et supérieur à – la prêtrise lévitique : prêtre selon l’ordre de Melchisédek.

Je me souviens de ma prof d’ivrit qui me taquinait en disant que nous chrétiens avions dénaturé les Ecritures en faisant de Melchisédek un personnage de premier plan, alors qu’il n’apparaît que dans un fait divers de la Genèse. Mais ce n’est pas tout à fait vrai. Ne lit-on pas dans le psaume 110, un texte clairement messianique :

Déclaration de YHWH à mon seigneur (לַאדנִי) :
Assieds-toi à ma droite,

jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied !

YHWH tendra de Sion le sceptre de ta puissance :
domine au milieu de tes ennemis !
[…]
YHWH l’a juré, il ne le regrettera pas :

Tu es prêtre pour toujours, à la manière de Melchisédek
.
(Ps 110.1-2,4)

Jésus, fils de Lévi ? Peut-être, par sa mère.
Jésus prêtre selon Melchisédek ? Assurément, par le Père.

samedi 2 mai 2009

La main du père

par Laurent Brabant (*)

Dès les premiers siècles, l'Eglise a élaboré ses propres images, ses propres codes, dans les catacombes romaines puis les églises. En se limitant aux images de Dieu, une curiosité saute aux yeux :

Si le Christ est abondamment représenté (en croix, en majesté, ...), ainsi que le Saint Esprit (la colombe), les images de Dieu le Père sont moins nombreuses. Dans l'iconographie chrétienne, Dieu le Père est le parent pauvre de la trinité. Comment l'expliquer ?

D'abord en revenant aux sources : Moïse reçoit de Dieu l'interdiction stricte de le représenter (Ex 20), confirmée par une magnifique parole : Je ferai passer devant toi toute ma bonté (...) mais tu ne pourras voir ma face, car l'homme ne peut me voir et vivre. (Ex 33.19-20). Pas étonnant donc que les artistes aient ressenti une gêne au moment de dessiner le Père. Au fil des siècles, plusieurs solutions se sont dégagées pour résoudre cette difficulté :

  • La plus classique (et la moins intéressante) est la représentation de Dieu le Père sous les traits d'un vieillard sur un nuage, par exemple dans les scènes d'Annonciation.
  • Plus rarement, le Père est dessiné avec les même traits que le Christ, qui affirme dans l'Evangile de Jean que celui qui m'a vu a vu le Père. Le Couronnement de la Vierge de Villeneuve lès Avignon (XVème siècle) est à ce titre éloquent : Père et Fils se font face, strictement identiques.
  • La troisième solution, peut-être la plus ingénieuse, a consisté à ne représenter que la main de Dieu : Main qui agrée le sacrifice d'Abel, qui retient le bras d'Abraham prêt à sacrifier son fils, qui donne à Moïse les tables de la Loi (elles-mêmes écrites du doigt de Dieu, Exode 31), ... Des mosaïques de Saint Vital de Ravenne (Vème s.) aux vitraux de Chagall conservés à Nice, les exemples ne manquent pas.

Quelles sont les particularités de cette main du Père ?

C'est une main ouverte, soit pour recevoir offrandes et prières et bénir ceux qui les font (Saint Vital de Ravenne), soit pour encadrer le paradis (lorsqu'elles sont deux, église de Cruas, Drôme).

C'est une main tendue vers l'homme, pour l'atteindre et lui transmettre un message (la Loi pour Moïse). On ne peut pas ne pas évoquer ici la main de Dieu peinte par Michelange sur la voûte de la Chapelle Sixtine, allongée à l'extrème pour toucher Adam et lui donner le souffle de vie : bien que Dieu soit représenté en entier sur son nuage, on ne « voit » que le geste magnifique de sa main.

C'est enfin une main qui désigne le Christ au spectateur, lors de son baptème ou de la transfiguration (Saint Apollinaire in Classe, Ravenne).

Une simple main ouverte, tendue vers l'homme, le symbole est beau : c'est un geste d'amour de Dieu. A Moïse qui veut « voir » celui qui l'appelle, Dieu répond affectueusement : Quand ma gloire passera, je te mettrai dans le creux du rocher et je te couvrirai de ma main. (Ex 31.22)

Mais aussi une main qui montre le Fils : en effet dans de nombreuses églises, à la main du Père « répond » la main percée du crucifié.

Nul n'a jamais vu Dieu, mais la Bible (et l'iconographie chrétienne) nous montre sa main : elle est ouverte pour donner, elle raconte l'histoire du salut.

(*) Article destiné à un journal des Eglises Libres, mis à notre disposition par l'auteur.

vendredi 1 mai 2009

Lèpre et pureté

Je me suis récemment intéressé au Lévitique et à certaines de ses stipulations concernant la pureté. Un exemple frappant se trouve au chapitre 13, consacré aux problèmes de « lèpre » (צָרָעַת en hébreu, terme que la Septante traduit par λέπρα). Il semblerait (même si tous les spécialistes ne sont pas d’accord) qu’il ne s’agit pas de la lèpre au sens moderne (aussi connue sous le nom de « maladie de Hansen », et qui est désignée par צָרָעַת en hébreu moderne !) mais de diverses maladies provoquant des manifestations cutanées. Certains auteurs y voient des maladies comme le psoriasis.

Ce que je trouve intéressant, ce n’est pas tant l’identification précise de ces maladies, mais leur rapport avec la pureté. En effet, certaines manifestations de la « lèpre » rendent impur.

Selon la Loi mosaïque, telle que je la comprends, est impur ce qui est ou rend inapte au culte. L’impureté est donc en opposition avec la notion de sainteté, c’est-à-dire la consécration à Dieu.

A en croire Lévitique 13, la « lèpre » dans certaines de ses formes rendait un homme impur, au point qu’il devait vivre hors du camp (Lv 13.45), séparé de son peuple, qui était lui appelé à être un peuple saint (Dt 7.6 ; 14.2,21 ;26.18 ;28.9 ; cf. Es 62.12 ; 63.18).

J’ai essayé de voir plus clair dans le chapitre 13 du Lévitique, mais je me suis heurté à une casuistique assez sèche, permettant au prêtre de distinguer des cas impliquant l’impureté de situations bénignes. A vrai dire, je n’aurais pas aimé être un prêtre appelé à statuer sur la base de ce texte, car les cas présentés sont loin d’être exhaustifs. Vu les conséquences dramatiques que pouvait avoir un verdict d’impureté, j’aurais aimé disposer d’un guide plus complet.

Le schéma général comprend une présentation des manifestations cutanées au prêtre. Certains symptômes (lésions profondes avec poils blancs, apparition de chair vive …) permettaient de conclure sans tarder à l’impureté, mais dans d’autres cas de figure le prêtre devait mettre le malade en quarantaine pour établir si le mal progressait, en quel cas l’impureté était établie.

Un des cas présentés a particulièrement retenu mon attention :

Lorsque quelqu’un présente un cas de « lèpre », on l’amènera au prêtre. Le prêtre l’examinera : s’il y a sur la peau une tumeur blanche, si cette tumeur a fait blanchir le poil, et qu’il y ait un bourgeonnement de chair vive dans la tumeur, c’est une « lèpre » invétérée dans sa peau; le prêtre le déclarera impur; il ne l’isolera pas : il est impur. Si la « lèpre » fait une éruption sur la peau et que le mal [נֶגַע : coup ; maladie fléau] couvre toute la peau, depuis la tête jusqu’aux pieds, partout où le prêtre regarde, le prêtre l’examinera : si la « lèpre » couvre tout le corps, il déclarera pur le mal [נֶגַע] : comme il est devenu entièrement blanc, il est pur. Mais le jour où l’on apercevra en lui de la chair vive, il sera impur; quand le prêtre aura vu la chair vive, il le déclarera impur : la chair vive est impure, c’est la « lèpre ». Si la chair vive change et redevient blanche, il ira vers le prêtre. Le prêtre l’examinera; si la lésion est redevenue blanche, le prêtre déclarera pur le mal : il est pur. (Lv 13.9-17)

C’est assez intrigant de voir que si la « lèpre » couvre tout le corps, le prêtre doit conclure à la pureté, à moins que de la chair vive fasse son apparition. Comment peut-on comprendre cela ?

Baruch Levine pense s’en sortir en considérant que la blancheur qui couvre tout le corps, c’est de la peu normale qui a recouvert les manifestations problématiques. J’avoue ne pas être convaincu par cette lecture qui ignore que c’est la maladie [נֶגַע] qui recouvre tout le corps. Gordon Wenham y voit plutôt un signe que la sainteté est liée à la complétude (wholeness). Là encore, je reste sceptique, car le prêtre doit également conclure à la pureté lorsqu’il y a des tâches qui n’évoluent plus et que le malade est, par conséquent, tacheté.

Je n’ai pas la prétention d’avoir trouvé le principe unificateur qui permettrait de comprendre l’ensemble du chapitre 13, mais il me semble que ce qui est commun aux cas de pureté qu’il énumère, c’est que le corps du malade reste intègre (pas d’apparition de chair vive, et donc de liquides corporels tel que le sang sur la peau) et que le mal n’évolue plus, soit parce que les tâches ne grossissent plus, soit parce que tout le corps est couvert et qu’il n’y a donc plus de possibilité d’évolution.

Peut-on en tirer une leçon spirituelle ? J’en suis bien incapable, mais par association d’idées, je dirais que les chrétiens ont un rôle purificateur dans le monde. Appelés à être sel de la terre (Mt 5.13), ils freinent la décomposition de la société, l’avancement du mal. En cela, même s’ils ne réussiront pas à rendre pure l’humanité, ils retardent le constat d’impureté.

L'impureté liée à la lèpre me fait également penser à Jésus qui n'a pas hésité à se rendre impur en touchant les lépreux. Ce sont nos souffrances qu'il a portées, c'est de notre impureté qu'il s'est chargé ...

Encore les tablettes

Dans un récent billet, j'ai évoqué la destruction du premier jeu de tablettes par Moïse. Je ne résiste pas à la tentation d'évoquer la révélation inouïe qu'un confrère bloggeur (http://www.reverendfun.com/) vient de faire à ce sujet :